"Pile : Permis de démolir", succès d'un documentaire utile
22/02/2018

Article extrait du blog des acteurs de terrains : Croisons le faire

Salle comble. Plus de 200 personnes ont assisté, le 18 janvier dernier à Roubaix, à la projection-débat autour du documentaire "Pile : Permis de démolir".

Ce documentaire revient sur une lutte de plus de deux ans entre un collectif d’habitant.es et les décideurs d’un projet de rénovation urbaine d’un quartier populaire de Roubaix : Le Pile.

L'après projection a donné lieu à des échanges forts, tantôt animés, tantôt émouvants, tantôt amers, mais toujours dignes et avisés. La parole est à la salle : morceaux choisis. 

 

"Ce un film est un outil pédagogique"

Samir Hadj Doudou, Président de l'Association Nouveau Regard sur la Jeunesse (ANRJ), est fier du combat mené à travers la Table de Quartier (organisée par l'ANRJ et l'Université Populaire et Citoyenne de Roubaix). Il précise qu'il s'agit d'un "combat d'abord mené par les habitants (...) les meilleurs experts du quartier".

Si le quartier est estampillé "quartier le plus pauvre de France", il rappelle la richesse humaine des gens.

Et dans un contexte où l'abstention électorale atteint des sommets record, sa plus grande fierté est d'avoir "réussi à créer une dynamique d'habitants qui s'intéressent au devenir de leur quartier" et qui se mobilisent pour.

Le documentaire a notamment fait l'objet d'une projection débat très riche avec les élèves de master en journalisme à Science Po d'Aix en Provence. "C'est un outil pédagogique qui va continuer à voyager et à servir à d'autres combats et à d'autres associations", estime Samir Hadj Doudou.

 

"Partager une parole bloquée, porter un discours et le faire entendre"

Pour Simon Pillan, co réalisateur du documentaire, "il s'agit de raconter l'histoire d'une lutte d'habitants qui ont décidé de prendre leur avenir en main et se sont mobilisés pour leur quartier.

C'était une volonté conjointe de tout le monde de partager une parole qui avait beaucoup de difficultés à émerger, parce que bloquée (...) De porter un discours et le faire entendre. L'idée est que ce soit un instrument de mémoire et de partage."

 

"C'était chez nous..."

Yolande est habitante du Pile depuis plus de 50 ans. Elle est la cousine de Rosa avec qui elle était inséparable. Rosa est décédée durant le tournage. Le quartier du Pile était pour elle une vraie famille.

Au-delà de sa propre famille, cousins, cousines, qui habitait également le quartier. Angoissée à l'idée d'un départ inéluctable, elle part, expropriée, parce qu'elle n'a pas le choix.

 

"Un dispositif financé par la Politique de la Ville, mais marginalisé dès le départ"

Pierre Dubois, ancien maire de Roubaix, qui a participé au choix de faire rentrer le quartier du Pile dans le Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés (PNRQAD).

Il déplore le fait qu'un "dispositif financé par la Politique de la Ville" ait été "marginalisé dès le départ" par la municipalité. S'il estime qu'il "y a eu des résultats", le prix à payer est énorme, et l'ancien maire constate un "gâchis".

 

"Surtout gardez toujours la tête haute !"

Rabah Mezine, administrateur à l'Association Nouveau Regard sur la Jeunesse (ANRJ) de Roubaix, estime que d'avoir su mobiliser tous les habitants, dans toute leur diversité, à l'occasion de la Table de Quartier, est déjà une vraie victoire, tout comme les 200 personnes présentes pour la projection du documentaire.

Il rappelle l'importance du collectif et enjoint chacun à "toujours garder la tête haute". Pour lui le combat doit continuer.

 

"Les habitants ont fait de la politique au sens noble du terme"

"Je crois qu'on a besoin aujourd'hui dans les quartiers populaires d'espaces où l'on transforme la colère des habitants", estime ce spectateur à l'issue de la projection.

Pour ce citoyen : "La politique c'est résoudre les problèmes des gens au quotidien" et les habitants "autour de la Table de Quartier "ont fait de la politique au sens noble du terme".

 

"C'est un déni de démocratie"

Mohamed Mechmache est co président de la coordination citoyenne "Pas Sans Nous". S'il a contribué à créer les Conseils Citoyens avec Marie-Hélène Baqué, il estime que le concept a été "instrumentalisé (...) pour être une caution face à d'autres habitants".

Pour Mohamed Mechmache le documentaire révèle "un déni de démocratie". Il encourage les habitants à "continuer à se mobiliser".

Face à ceux qui sont censés faire pour les habitants, c'est aux habitants de décider de faire pour eux pour que les choses changent.

 

Un parc au nom de Rosa ?

Rosa était une des figures du quartier. Elle est décédée durant le tournage. Les membres de la Table de Quartier ont décidé d'écrire au maire pour proposer que le futur parc du Pile porte le nom de Rosa.

Le parallèle est fait avec Rosa Parks, symbole de lutte pour l'égalité et les droits civiques aux États-Unis.