125 000 ménages craignent de perdre leur logement.

Mardi 31 mars sonne la fin de la trêve hivernale. Chaque année, avec la reprise des expulsions, ce sont plus de 125 000 ménages qui craignent de perdre leur logement.

26/03/2015 | Crédits photos : ©AFP

Alors que la Fondation dénonce la passivité de l'Etat face à ces drames humains, les chiffres nationaux sont effrayants : près de 162 000 assignations et 126 000 décisions de justice prononçant l'expulsion en 2013, 12 760 explusions par la force publique en 2011 (le ministère de l'Intérieur ne diffuse plus de résultats fiables depuis...) et sans doute des dizaines de milliers de familles qui anticipent leur expulsion en partant d'elles-mêmes chaque année.

Sur le terrain, même si certains départements ont réussi à limiter le nombre de procédures entre 2012 et 2013, de nombreux autres affichent une tendance alarmante, avec des hausse allant de + 9 % à + 24 % dans le Var, la Seine-Saint-Denis, l'Isère, le Finistère ou le Pas-de-Calais.

Face à ces scandales quotidiens, que fait la puissance publique ? Comme le démontre un récent rapport d’évaluation, la politique nationale de prévention des expulsions reste globalement lacunaire et incohérente. Les préfets ne jouent pas toujours leur rôle, la dynamique locale est inégale, et les moyens très insuffisants.

 

125 923 décisions d'expulsions, dont 120 533 pour impayés de loyer

Familles monoparentales, personnes seules de plus en plus touchées, le chômage souvent à l'origine d'imapayés de loyers, situations de suroccupation et de surendettement en augmentation... La détresse va croissant alors que les solutions se font de plus en plus rares à l'issue de l'expulsion, conduisant beaucoup de familles expulsées à être hébergées dans la famille, chez des amis, parfois pendant de longues années tant le secteur de l'hébergement et du logement social sont engorgés et apportent de moins en moins de réponses pérennes.

Les décisions prononçant l'expulsion ont augmenté de 12,2 % depuis 5 ans et de 4,8 % entre 2012 et 2013. Cette augmentation est véritablement liée à la précarisation de la population et à un décrochage de plus en plus accru entre les loyers et charges et les ressources des ménages, également dans le parc social, et en aucun cas à une déresponsabilisation croissante des ménages. 

L’accompagnement des ménages dans leurs démarches juridico-administratives est également un facteur déterminant. C’est pourquoi la Fondation Abbé Pierre soutient son développement depuis plus de 15 ans, grâce à sa permanence parisienne d’accès au droit et aux nombreuses actions associatives soutenues sur l’ensemble du territoire.

Depuis 2009, la plateforme téléphonique « Allô Prévention Expulsion » a permis d’orienter vers ces permanences plus de 9 200 ménages informés et conseillés, dont 1 400 en 2014.

il est temps de stopper enfin la progression constante des procédures d’expulsion afin d’éviter que chaque année, plus de 125 000 ménages supplémentaires ne craignent de perdre leur logement, venant renforcer le nombre de personnes et familles sans domicile fixe ou hébergées dans des conditions plus que précaires !

 

"Allo Prévention Expulsion" : 80 bénévoles depuis 5 ans

Marie-Andrée, 78 ans, est arrivée jeudi à 14 heures au siège de la Fondation, à Paris. Comme toutes les semaines depuis 5 ans, elle accorde trois heures aux appels de détresse qui ne cessent d'arriver à la plateforme. 

"Bien sûr, en cette fin de mois de mars, les deux téléphones sonnent encore plus souvent. Mais je trouve que cette année, nous avons plus d'appels qu'avant. Il n'y a pas eu vraiment de période creuse depuis le début de l'année, hélas !"

Une semaine avant la fin de la trève hivernale, un jeune père de famille a appelé avec 3 enfants âgés de 4, 8 et 18 mois. La peur au ventre. Un peu plus tard, une maman affolée à l'idée de se retrouver à la rue avec son fils de 12 ans, appelle pour sa dette de loyer de 4 000 euros que le bailleur lui réclame instamment. 

"Il faut tout de suite calmer la peur. Rassurer. Je trouve qu'il y a de plus en plus de situations difficiles et les enfants sont de plus en plus nombreux... Il faut expliquer quels sont les droits, quelles sont les procédures, comment peut-on être aidé. Le temps d'écoute est très important, souvent les personnes nous disent qu'on les écoute enfin..."

Lors des permanences qu'elle tient, Marie-Andrée accorde au minimum 30 mn à chaque appel téléphonique. 

"J'essaye toujours de leur dire qu'ils peuvent faire quelque chose pour éviter l'expulsion. Qu'il y a une démarche à faire et qu'ils peuvent être acteurs. C'est très très important de ne pas subir. Pour moi, il faut leur ouvrir des perspectives malgré tout."

Après Marie-Andrée, Monique, Joelle et Jean, fidèles eux aussi depuis des années, prendront le relais dans les jours à venir. Grâce à leur écoute et à leur conseil, 1200 personnes ont été aidées et accompagnées en 2014.