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Précarité et transition énergétiques

La précarité énergétique touche 11 millions de personnes. Premières victimes, les ménages modestes.

06/12/2013 | Crédits photos : Olivier Vaillant

L’explosion de la précarité énergétique résulte d’une augmentation de la pauvreté, d’un parc de logement non performant et d’une hausse inéluctable du coût des énergies. Lutter efficacement contre cette forme de précarité implique d’intervenir de manière coordonnée sur les logements et le budget des ménages.

La France compte 8 millions de logements passoires thermiques. Plus de 12, 2 millions de personnes, soit un ménage sur 5, sont touchées par la précarité énergétique (ONPE 2016).

Propriétaires ou locataires, en habitat individuel ou en immeuble collectif, les personnes qui subissent de telles conditions de logement sont prises au piège de dépenses contraintes beaucoup trop lourdes pour elles : loyer, énergie, eau… elles représentent 50 % du budget des ménages pauvres et modestes (Crédoc 2008).

À travers ses différents programmes de production de logements très sociaux, la Fondation participe activement depuis 2005  à la lutte contre la précarité énergétique : elle est intervenue dans le financement et la production ou la rénovation de 7 000 logements économes destinés à des personnes à revenus très modestes.

Avec le programme "Toits d'abord", elle contribue à la production de logements thermiquement performants sur tout le territoire, l'objectif de chaque opération de ce programme étant de ramener la dépense contrainte des ménages en difficulté à un niveau acceptable et compatible avec une insertion durable.

D'autre part, la Fondation participe à l'amélioration thermique de logement dans le cadre de la lutte contre l'habitat indigne, à travers son programme "SOS Taudis".

 

Mobiliser, interpeller

Depuis 2005, la Fondation Abbé Pierre s’est engagée activement dans la lutte contre la précarité énergétique :

Elle est membre et soutien du Réseau des acteurs de la Pauvreté et de la Précarité dans le logement, Rappel. Elle a co-animé et rédigé en 2009 le rapport "Précarité énergétique" du Plan Bâtiment Grenelle ; elle est intervenue et a participé aux Tables rondes de l'efficacité énergétique en 2011 et à la coordination qui a donné lieu à l'élaboration du Manifeste 2012 "Habitat, précarité sociale et énergie" cosigné par 35 ONG environnementales et sociales.

Elle a été partie prenante dans le Débat national sur la transition énergétique (automne 2012 à juillet 2013) qui a retenu ses recommandations dans la synthèse des travaux qui a été rendue.

La Fondation continue d’interpeller les pouvoirs publics et de s’associer au travail des acteurs de terrain ; elle s’est fortement impliquée dans la réflexion pour donner une dimension sociale à la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte.

Elle continue à suivre de près la mise en œuvre de cette loi, avec par exemple une mobilisation à l’été 2016 avec d’autres ONG [lien vers le CP « un projet de décret indécent] sur le projet de décret visant à intégrer une notion de performance thermique dans la définition des logements décents.

L’impact de la précarité énergétique sur la santé

Alors que la facture annuelle moyenne des ménages pour l’énergie dans le logement est en moyenne de 1800€, après avoir augmenté de 200 € en 2012 (Bilan énergétique de la France, SOeS 2012 et 2014), comment la privation de chauffage ou la faible température intérieure aggrave-t-elle l’état de santé des ménages précaires ?

En Grande-Bretagne, des recherches ont ont montré qu’un euro investi dans la rénovation thermique permet d’économiser 0,42 € sur les dépenses de santé (Ch. Lidell 2008).

Mais malgré l’importance de cette question, la France était dépourvue d’étude à ce sujet.

Convaincue qu’il y a là un enjeu majeur dans la lutte contre la pauvreté énergétique, la Fondation Abbé Pierre a initié en 2013 avec deux partenaires de terrain (GEFOSAT, à l’initiative de la démarche, et Soliha Douaisis) une étude sur ses conséquences sanitaires, menée par le Dr B.Ledésert, de l’ORS-CREAI du Languedoc-Roussillon.

Cette étude a fait l’objet d’un colloque au CESE et d’un Cahier du Logement « Quand c’est le logement qui rend malade ».

Elle a mis en évidence l’impact négatif de la privation de chauffage sur des pathologies aigües et chroniques et notamment des problèmes de santé chroniques respiratoires, ostéo-articulaires, neurologiques ou des syndromes dépressifs.n

Pour la Fondation et nombre d'acteurs sociaux et techniciens, il semble important de faire aujourd’hui le lien entre précarité énergétique, effets sur la santé et consommation de soins.

Evaluer le coût de l'inaction : la Fondation a voulu montrer l'intérêt de tels travaux combinant approche sanitaire et approche économique pour, in fine, le surcoût qu’engendre la précarité énergétique dans le domaine des dépenses de santé et le mettre en regard des investissements nécessaires pour améliorer la qualité du logement.