« J’ai l’impression qu’on n’en sortira jamais »

Dans les Côtes d’Armor, un couple et leurs 3 enfants vivent dans une maison insalubre depuis 2014.

10/07/2020 | Crédits photos : © Elie PEYSSARD / Matthieu MARIE

Aurore et les siens ont souffert de la crise sanitaire… « Bien sûr, pas de la même manière qu’en ville ! Nous avons un grand jardin et comme il a fait beau, les enfants ont passé beaucoup de temps dehors. Heureusement que nous avons eu ce temps-là… »

En effet, depuis le déconfinement, le temps est bien moins clément et Aurore et son mari ont repris leurs habitudes : écoper devant la porte de la chambre dès qu’il pleut un peu fort ; surveiller la fosse septique qui déborde au bout de deux jours et surtout ne pas quitter des yeux le plafond de la chambre qui leur tombe sur la tête, morceaux par morceaux.

« Ce n’est plus possible, cela fait 5 ans maintenant que nous attendons que les travaux commencent… les moisissures sont partout et mon fils est malade toute l’année car il est allergique aux champignons qui poussent sur les murs. Mon mari est fait de l’asthme depuis que nous habitons ici… »

Aurore et son mari ont acheté cette petite maison de 40 m2 à Saint Connan alors qu’ils étaient encore locataires dans un village tout proche. Le propriétaire vendait et il leur fallait trouver un autre logement. La banque leur a proposé de leur faire un prêt et ils se sont lancés.

« Nous avons visité la maison entièrement meublée, on n’a pas vu l’état des murs... Il y avait un insert qui chauffait toute la maison. Il n’y avait qu’une chambre mais à l’étage, on pouvait aménager et on s’est dit qu’on pourrait le faire au fur et à mesure... Le premier hiver, on n’a pas trop souffert du froid et de l’humidité mais l’hiver suivant, on a découvert combien la maison était en mauvais état. À partir de là, quand on a vu qu’on ne pourrait pas y arriver seuls, on a stoppé tous nos projets et on a cherché un moyen de s’en sortir. »

Après avoir pris contact avec l’association Soliha 22, c’est finalement le Centre de Développement pour l’Habitat et l’Aménagement des Territoires, qui a accompagné la famille pour établir un plan de financement de sortie d’insalubrité. Montage financier, devis…. après une longue attente et de nombreux rebondissements, tout a enfin pu être bouclé, avec notamment le soutien financier de la Fondation Abbé Pierre, dans le cadre de son programme « SOS Taudis ». Quand la crise sanitaire est arrivée.

« Heureusement que la Fondation a gardé le contact avec nous pendant ces derniers mois car personne n’a pris de nos nouvelles et je n’ai réussi à avoir personne… Les artisans ont déjà actualisé deux fois leur devis, ils m’ont dit qu’ils ne recommenceraient pas. Et aujourd’hui, nous ne savons toujours pas si cela va commencer cet été… J’ai l’impression d’être dans une boucle et de tourner en rond. »

Aujourd’hui, le mari d’Aurore travaille dans une exploitation agricole tout près de la maison. Aurore quant à elle ne travaille plus pour le moment pour s’occuper de la petite dernière, 4 ans, qui a eu des problèmes de santé importants. L’ainé, un garçon de 10 ans, a des troubles du comportement et doit rester sous surveillance….  « Bien sûr, on n’est pas les plus malheureux, mais on voudrait vraiment savoir quand les travaux vont commencer. Là-haut, les 3 enfants dorment ensemble ; l’isolation n’est pas faite et il y a des rallonges pour que chacun puisse être éclairé mais ça ne peut pas rester comme ça… »

Changement des huisseries, isolation totale, mise aux normes de l’électricité… 6 à 8 mois de travaux sont prévus.

« On espère encore tellement être au chaud cet hiver et ne plus avoir à courir faire du bois… Mais j’ai un peu l’impression qu’on nous a abandonnés à notre sort. »