« J’ai téléphoné et on m’a rappelée très vite.
Enfin on m’écoutait ! »

Natalia, musicienne professionnelle, est aujourd’hui relogée grâce à l’accompagnement de l’Espace Solidarité Habitat de la Fondation.

08/01/2020 | Crédits photos : Sébastien Godefroy

« Ma vie se passait bien » : c’est avec ces mots que Natalia résume ses premières années de vie en France après avoir fui la Russie dans les années 90. Elle s’installe dans un petit appartement de 36 m2 en 1996 où sa mère la rejoint très vite.

« Elle marchait déjà très difficilement et ne pouvait rester seule là-bas. J’habitais au rez-de-chaussée et malgré le fait que l’appartement ne soit pas en très bon état, nous étions bien… Il était bien placé pour moi qui travaille beaucoup en soirée. En tant qu’intermittente du spectacle, je n’ai jamais le même salaire et à l’époque, le loyer me convenait et je payais mon loyer tous les mois sans aucun retard. »

Tout va donc très bien, jusqu’au moment où, en 2016, la propriétaire de Natalia lui demande de quitter les lieux car elle souhaite récupérer son bien.

« C’est là que les choses ont commencé à aller mal. L’assistante sociale de la Mairie m’a dit que je n’avais aucune chance de trouver un logement social ; comme je gagnais ma vie, il fallait que je cherche dans le privé. Dans le privé, c’était inabordable… J’avais bien sûr fait une demande de logement social dès mon arrivée en France il y a plus de 10 ans, mais que je n’avais jamais eu de nouvelles.

Je commençais à paniquer car je ne voyais aucune issue à ma situation et c’est là que quelqu’un m’a conseillé d’aller voir l’ESH. Là, tout de suite, j’ai été très surprise : j’ai laissé un message et moins d’une heure après, on me rappelait !

Vous ne pouvez pas savoir comme ça fait du bien que quelqu’un vous rappelle quand vous avez peur de vous retrouver dehors. On m’a écoutée, on a pris du temps pour comprendre ma situation. J’ai été très frappée de l’accueil humain que j’ai reçu.

En plus, on m’a expliqué les choses et j’ai pu prendre les choses en main. C’est important de se faire aider, mais c’est aussi important de pouvoir agir aussi de son côté.

Suivie par l’ESH dès 2017, Natalia fait son dossier Dalo, puis est reconnue prioritaire et fait un recours devant le juge, défendue par l’un des avocats du réseau de l’Espace Solidarité Habitat. Cependant, à Paris désormais, quand aucune solution de logement n’est proposée, les personnes reconnues prioritaires Dalo reçoivent une « proposition de logement longue durée » à l’hôtel, en banlieue ou dans Paris, selon les places disponibles.

« L’état de santé de ma mère empirait et pour moi, il était impossible d’aller dans un hôtel en banlieue, d’être éloignée de Paris aussi bien pour elle que pour moi… Je suis restée dans mon appartement. »

On m’a traitée comme une criminelle

Je n’oublierais jamais l’arrivée des huissiers à mon domicile le 15 juillet dernier. Ils sont arrivés tôt le matin, à deux, avec un policier et une femme. Ils nous ont crié dessus… Alors que nous n’étions même pas habillées, ils nous ont donné 10 mn pour quitter les lieux. C’était horrible. »

Finalement, la tentative d’expulsion n’aboutira pas, car l’état de la mère de Natalia nécessitait l’intervention des pompiers qui ne se sont pas déplacés…

« J’ai eu l’impression d’être une criminelle. Après ça, ma mère et moi avons vécu en sursis au milieu des cartons, on n’osait plus partir en vacances ni s’absenter longtemps. On n’arrivait plus à dormir. C’était vraiment horrible. »

Grâce au soutien de l’ESH, Natalia n’a pas cessé de se défendre et malgré le traumatisme de l’été dernier, les deux locataires n’ont jamais baissé les bras.

« Je ne demandais pas très grand, ce que je voulais surtout c’était un logement à Paris pour pouvoir travailler et en rez-de-chaussée pour ma mère afin qu’elle puisse rester autonome avec son déambulateur. »

Il y a deux mois, Natalia a été relogée dans un deux-pièces dans le XIXe, à Paris, au rez-de-chaussée. Enfin.

« Dans mon histoire, j’ai été traumatisée par la tentative d’expulsion avec des personnes que j’ai trouvé inhumaines… Mais j’ai aussi rencontré des personnes exceptionnelles. Sans l’ESH, sans les avocats que j’ai rencontrés et qui m’ont défendue, je ne m’en serais jamais sortie.

Ceux qui travaillent pour l’abbé Pierre, ce sont vraiment des personnes utiles et humaines. Encore une fois, je leur dis merci. Aujourd’hui, je suis relogée et enfin rassurée pour ma mère…»