Message de l’abbé Pierre

14/10/2020 | Crédits photos : D.R.

Nous avons vécu un printemps et un été inédits que nous n’oublierons jamais. Au cours des six derniers mois, chacun de nous a été confronté de près ou de loin à la crise économique et sociale qui a suivi la pandémie du Covid-19. Nous avons tous de la famille, un proche ou des connaissances qui ont souffert de l’isolement ; d’autres qui ont vu leur revenu baisser drastiquement, pire encore, qui ont perdu leur emploi.  Nombreux sont ceux qui ne sont pas partis en vacances et qui continuent de se priver au quotidien pour pouvoir continuer à payer leur loyer.

Nous l’avons tous remarqué, les gestes solidaires et le rôle primordial des associations ont aider les plus fragiles à rester debout. Il est aussi important de souligner que l’État a su prendre dans l’urgence et à tous les niveaux (ménages, entreprises, service public…) des mesures financières exceptionnelles qui ont évité une catastrophe sociale encore plus grave.

Il nous faut profiter de ce sursaut national et de cet élan de solidarité remarquables pour poser les bases d’une société plus juste et plus solidaire et mettre fin aux inégalités sociales devenues insupportables pour le plus grand nombre.

Pourquoi faut-il encore plaider la cause des jeunes qui n’ont aucune ressource avant l’âge de 25 ans ? Qui ne peuvent se loger et étudier sans travailler en parallèle, qui n’ont pas de quoi se nourrir au quotidien ?

Pourquoi faut-il encore se battre pour que l’on mette enfin un terme à la trêve hivernale alors que des moyens humains et financiers permettraient de prévenir durablement les expulsions ?

L’abbé Pierre l’avait compris et n’a pas hésité à le dire haut et fort : si la puissance publique - et jusqu’au plus haut sommet de l’État - ne prend pas plus en compte le sort des plus petits, alors notre société va à sa perte.

« Toute société qui n’emploie pas ce qu’elle produit à améliorer le sort des déshérités mais à augmenter le bien-être de ceux qui sont déjà heureux est condamnée au déclin et à la mort. »

Nous avions applaudi au printemps dernier le personnel soignant qui a sauvé des milliers de vies pendant la crise du Covid. Nous aimerions aussi applaudir cet État Providence né du mouvement national de la résistance qui doit incarner les valeurs de fraternité et de solidarité qui sont celles de notre République.

« Nos sociétés d’Occident ont perdu la notion de l’infiniment petit, de la force des infiniment petits et des gestes symboliques qui font la force d’une politique. »
Abbé Pierre, printemps 1956.

Raymond EtiennePrésident du groupe de la mémoire Abbé Pierre