Pour lutter contre le mal-logement, il faut changer d’échelle !

Christophe Robert participait hier à la conférence de presse du Collectif Alerte, un an après le lancement du plan pauvreté.

10/09/2019 | Crédits photos : Pierre Faure

« Un an après le lancement de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté ; un an ½ après le lancement du plan « Logement d’Abord », il est clair qu’il faut changer d’échelle pour que véritablement les 10 % des personnes les plus pauvres d’entre nous et les personnes sans domicile puissent sortir de l’exclusion.

Un début prometteur mais trop timide et contradictoire sur le front du logement

Malgré de réelles avancées avec la mise en place du plan logement d’abord (mobilisation des collectivités locales, augmentation des objectifs de mobilisation du parc privé à vocation sociale, des Pensions de famille, des sorties de l’hébergement vers le logement…), des décisions politiques prises simultanément viennent contredire cet élan solidaire que nous appelons de nos vœux et vont à l’encontre de la politique sociale du logement qui selon nous s'impose : non-actualisation du montant des apl et nouveau mode de calcul défavorable aux plus jeunes notamment ; fin de l’APL accession à la propriété, baisse des aides à la construction de logements sociaux… au total, ces mesures représenteront 3,8 milliards en moins pour le budget du logement en 2020 ! Le risque c’est que quelques milliers de personnes en difficulté sortent de la précarité par le haut grâce au plan logement d’abord et que d’autres plus nombreuses, y plongent. Nous sommes dans une situation de contradiction majeure !

Plus d’ambition politique

Au-delà de ces contradictions, c’est l’ambition gouvernementale qui pose aujourd’hui question : la construction de logements sociaux, qui constitue une réponse essentielle pour les plus pauvres, est fragilisée … même chose pour la rénovation thermique ou encore la situation des bidonvilles, alors que 300 000 logements ont été rénovés au lieu des 500 000 attendus et que 16 000 personnes vivent encore dans des conditions indignes, sous des bouts de tôle…

Il y a une vraie question à poser : l’État se donne-t-il véritablement la capacité de changer rapidement et durablement les choses ? La marche reste très haute pour garantir que plus personne ne soit contraint de vivre à la rue, l’objectif auquel le Chef de l’Etat s’était engagé en juillet 2017.

Il nous semble indispensable de changer d’échelle dès maintenant si l’on veut réellement apporter une réponse aux mal-logés : relancer fortement la production de logements très sociaux avec au moins 60 000 logements construits par an, stopper la spirale des expulsions locatives, mobiliser plus encore le parc privé à vocation sociale, redonner la capacité d’agir aux accueils de jour pour les personnes vivant dans la rue, revaloriser les aides personnelles au logement, augmenter le nombre d’attribution de logements sociaux aux personnes sans domicile, augmenter en urgence la capacité de résorption des bidonvilles…

C’est l’ensemble de ces leviers qu’il faut activer simultanément et énergiquement si l’on veut vraiment permettre aux personnes de sortir de la rue ou du mal-logement. Sur le front des ressources des personnes les plus fragiles, il est aussi urgent d’accroitre le montant du Rsa et de l’ouvrir aux jeunes de moins de 25 ans qui, lorsqu’ils sont en rupture familiale et sans emploi, n’ont aucune ressource !

Bien sûr, des moyens financiers sont nécessaires, mais rappelons que la suppression de l’ISF et l’instauration de Prélèvement Forfaitaire pour les plus hauts revenus, représentent 5 milliards en moins dans les caisses de l’État et que d’ici 2-3 ans, celle de la taxe d’habitation pour toute la population, y compris pour les plus riches, représentera un manque à gagner pour l’Etat de l’ordre de 7 milliards. Tout est question de choix et de priorités. »