9 m² insalubre à 500 euros

Aujourd’hui relogé, M. E. témoigne de la peur d’être à la rue.

28/11/2019 | Crédits photos : Myriam Renaud et Yann Lévy

Mr E., la cinquantaine, longiligne, moustache fine et visage creusé sous son bonnet, tire sur sa cigarette, boit une gorgée de thé, ajoute du sucre, se lève, se rassoit et entame son histoire.

Pendant 4 ans, il a loué pour 500 euros par mois un logement indigne, rue Berzelius, dans le 17e arrondissement de Paris. C’était une boutique que le propriétaire avait divisée en 2 pièces de 9 m2.

Mr E. entrait par la façade sur rue, et les deux autres occupants, des frères - aujourd'hui le local est vide - utilisaient l’ancienne porte de service du magasin.

« Avant de trouver ce logement, j’habitais chez ma grand-mère. Nous étions trois dans une petite pièce. Il fallait que je trouve rapidement mon propre logement. »

Il cherche mais ne trouve rien. Puis, par hasard, il tombe sur son futur loueur, qui lui propose de signer un bail sur un coin d’une table dans un bar. Du début jusqu’à la fin, toutes les transactions ont eu lieu en espèces, de la main à la main.

« J’ai dû tout refaire dans l’appartement. Heureusement que je suis maçon. J’ai même installé des toilettes compacteurs parce qu’il n’y en avait pas. Et j’ai refait au moins quatre fois la peinture, pour rien. À chaque fois l’humidité ruinait mes efforts. »

Mr E. a longtemps été victime de maladies respiratoires. « Le médecin disait tout le temps que mes problèmes étaient liés au logement, au mode de chauffage, au manque de ventilation », se souvient-il.

Les statistiques des différentes études compilées dans le Rapport de la Fondation Abbé Pierre en 2013 concernant l’impact du mal-logement sur la santé sont sans appel. Le taux d’infections aiguës, de rhumes et d’angines est supérieur 25,2 % pour les familles habitant un logement en situation de précarité énergétique ; le taux de sifflements respiratoires, de 22,7 % ; de rhinorhées, de 38,5 % ; et de dépressions et d’anxiété, de 12,1 %.

Bras de fer

Toujours malade, le locataire décide de saisir les services sociaux et, dans le même temps, cesse de payer son loyer.

Le bras de fer s’engage avec le propriétaire, qui l’assigne en justice pour dette locative. Suite aux recours exercés par Mr E. avec l’aide de la Fondation, les services techniques de l’habitat déclarent le local impropre à l’habitation pour absence d’éclairage naturel et de ventilation.

Juriste et chargée de mission à l’Espace Solidarité Habitat de la Fondation, Asimina Tsalpatourou se souvient bien du dossier. « Nous avons réussi à faire condamner le propriétaire alors que c’est lui qui attaquait le locataire. Quand nous avons tous les éléments, c’est possible. Mais, souvent, les personnes sont démunies ou pas accompagnées et sont condamnées alors que ce sont elles les victimes. »

Mr E. a été relogé par la Ville de Paris, qui a ensuite fait murer le local, et le propriétaire a payé des dommages et intérêts à son ancien locataire.

Aujourd’hui, Mr E. habite un logement social Porte de Clignancourt, et ses problèmes de santé sont résolus. « Je m’en suis bien sorti, mais que d’autres que moi continuent de vivre comme cela, je ne comprends pas comment c’est possible. »