Plan de relance :
une occasion manquée de lutter contre la pauvreté

03/09/2020 | Crédits photos : Pierre Faure

Alors que la crise économique et sociale bat son plein, le plan « France relance », présenté aujourd’hui par le gouvernement, prévoit bien peu de choses pour les plus pauvres.

Sur 100 milliards d’euros en deux ans, seuls 800 millions sont dédiés « au soutien aux personnes précaires », essentiellement sous forme d’une hausse de 100 euros de l’allocation de rentrée scolaire déjà versée, d’un complément sur l’aide alimentaire et de 100 millions d’euros pour aider le secteur de l’hébergement (dont seulement 10 sur deux ans pour « humaniser » les centres d’hébergement).

Depuis le début de la crise, les plus pauvres ont à chaque fois été aidés tardivement et a minima, qu’il s’agisse de la prime exceptionnelle de 150 €, de l’aide aux étudiants précaires ou de la prime d’Action logement.

Pire, des mesures d’économies sur les plus pauvres sont encore à l’ordre du jour, comme la réforme de l’assurance-chômage et la réforme des APL, prévues pour le 1er janvier 2021, alors que le projet de Revenu universel d’activité (RUA) patine.

Ce plan d’investissement massif aurait pu être l’occasion de relancer un plan « Logement d’abord » ambitieux, pour proposer de vrais logements aux centaines de milliers de personnes sans domicile. Il s’agirait là d’un excellent investissement pour l’avenir, alors que toutes les études montrent que les dépenses engagées permettent de réduire drastiquement les coûts de l’hébergement d’urgence et des conséquences du sans-abrisme. Pour cela, les solutions sont connues : investir dans le logement très social, les baisses de loyer ciblées sur les plus précaires, l’accompagnement des ménages sans-domicile, la prévention des expulsions, la transformation de l’hébergement en logement, la hausse des minima sociaux et leur ouverture aux 18-25 ans. Sans compter que face à la hausse des impayés de loyer, il est urgent de créer un fonds d’aide à la quittance pour éviter une vague d’expulsions locatives en 2021. Pour tous ces chantiers, ce plan de relance est une occasion manquée.

Les mesures les plus substantielles face au mal-logement concernent la rénovation énergétique dans le parc social (500 millions d’euros sur deux ans) et privé (2 milliards d’euros). La rénovation globale performante sera encouragée, alors que le gouvernement avait jusqu’ici misé sur les simples gestes de rénovation. Mais là aussi le coup de pouce s’avère insuffisant, à hauteur de 1 milliard d’euros par an pendant deux ans. Alors que l’urgence est de proposer des aides visant un « reste-à-charges zéro » pour les ménages les plus précaires, une partie des aides supplémentaires bénéficiera aux ménages aisés, avec l’ouverture de « MaPrimeRénov » aux 20 % les plus riches et aux propriétaires-bailleurs. Ces aides accrues aux ménages aisés doivent donc s’accompagner de contreparties équitables, notamment l’obligation à moyen terme de rénover les passoires énergétiques des locataires, comme l’a demandé la Convention citoyenne pour le climat.

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