« Quand je suis arrivée, j’étais détruite »

Meriem, a été victime de violences. Elle a pu se réfugier à la Pension de famille « Les Forgerons » pendant 2 ans.

25/11/2020 | Crédits photos : DR

Assise sur une chaise, Meriem se tient droite, les mains posées sur les genoux. Elle est prête à parler, à relever ce énième défi. Car depuis son arrivée en France, sa vie n’est que défi.

Victime d’un mari violent, le piège se referme : « On m’avait dit que je pourrais continuer mes études, travailler ; que j’aurais une vie sociale, comme tout le monde. » C’est tout le contraire. Meriem est cantonnée dans sa chambre, sans aucun droit.

Meriem arrive pourtant à résister et après des mois de rebondissements, parvient à s’échapper du domicile conjugal. « À partir de là, je suis restée debout grâce aux personnes que j’ai rencontrées. Je me suis retrouvée dehors, sans rien. J’ai découvert les foyers d’hébergement d’urgence et le 115. C’était horrible. La nuit, tu protèges tes affaires et tu ne dors pas pour éviter les coups. Chaque jour, j’avais peur de demain. »

Meriem se bat pour survivre et fait d’autres rencontres. Avec l’une d’entre elles, elle dépose plainte ; avec une autre, elle se rapproche de l’association « Espoir » qui la met en contact avec une entreprise d’insertion.

Pendant des semaines, la jeune femme enchaine les ménages, de 8 heures à midi et de 16 heures à 19 heures, avec l’angoisse de ne pas savoir où dormir le soir. « Pour tenir, je me disais : n’oublie pas ton but ! » Meriem s’accroche à la vie de toutes ses forces.

À 29 ans, elle veut prendre sa revanche sur ceux qui ont voulu la briser. Retrouver sa dignité. Ne plus jamais dépendre de quelqu’un. « Je veux vivre en France, le pays des Droits de l’homme. Un jour, je raconterai mon histoire, je remercierai tous ceux qui m’ont aidée. Pour le moment, c’est trop dur… »

L'an dernier, Meriem a bénéficié de l’aide d’une avocate pour régulariser sa situation et, à la Pension de famille « Les Forgerons », elle s'est tout de suite sentie à l’abri.

Dans le petit bureau où nous l'avons rencontrée, un planning affiche tous les anniversaires des habitantes.

Des affaires, des petits mots en attente témoignent de la vie qui anime le lieu. Ici, 17 femmes ont trouvé refuge. Âgées de 28 à 62 ans, toutes ont derrière elles un parcours de vie marqué par la violence au cours duquel la rue a souvent été le seul échappatoire.

« Ici, elles ne sont plus seules et notre présence les rassure car elles sont très vulnérables », précise Millie, l’une des hôtesses de la Pension qui travaille depuis 2 ans aux côtés de Valentine, présente depuis l’ouverture de la Pension, en 2013 : « Beaucoup d’habitantes ont peur de l’extérieur, de la nuit. Elles souffrent de troubles psychologiques, suite à ce qu’elles ont vécu. Il leur faut ce temps, ici, à l’abri, pour retrouver l’estime de soi et la confiance », précise Valentine.

Pour Meriem, ce temps a commencé il y a près de deux ans. « Quand je suis arrivée, j’étais détruite. Maintenant, je sens tous les jours que je vais un peu mieux. Les traces s’effacent doucement. Valentine et Millie m’aident et je tisse ici des liens avec des personnes en qui j’ai confiance. »

En juin dernier, Meriem a quitté la Pension de famille, pour continuer sa route.