Logement d'abord : Joaquim ou la vie sauve

Joaquim et son chien Bowie, sont installés à Rennes depuis plus d'un an, dans un logement de 20 m2 situé en plein centre-ville.

21/02/2018

L’ancien routard de 57 ans évoque son passé marqué par la précarité de plus en plus accentuée dans les années 1990-2000 : fragilités familiales, alternance entre les emplois saisonniers, les formations, les petits boulots ponctués de rechutes dans l’alcool et la route pour essayer de rebondir entre les Vosges, Saint-Malo, le Pays-Basque et Rennes.

Son rêve était de devenir cuisinier. Il s’est réalisé à Saint-Malo pendant 4 pleines années, mais les cadences infernales, la précarité des contrats et les tracasseries administratives sont venus à bout de son projet. En avril 2014, il reprend la route avec son chien.

Pendant quelques temps, Joaquim a squatté les prairies Saint-Martin à Rennes et a vécu sous la tente. Puis, très malade et sans force, il est hospitalisé pendant 10 jours, séparé de son chien. « Je ne pouvais même plus ouvrir les sacs de croquettes ; le déclic, ça a été mon chien Bowie que j’aime tant, et la vision des plus jeunes qui partaient à la dérive avec l’alcool et surtout les drogues dures qui rendent fou. »

 

Pour aller mieux, il faut d’urgence un logement.

C’est le dispositif de relogement social de Rennes Métropole qui lui trouve un logement dans le parc privé de l’agence immobilière à vocation sociale de la Métropole en un temps record. Le loyer est de 272 € et avec l’aide au logement, le résiduel à débourser pour Joaquim est proche de zéro.

L’entrée dans le logement n’est pas simple quand on a vécu en tente, « ça a été violent » : le chien a du mal à s’y faire, les voisins se crispent et dressent une pétition, l’accès aux droits sociaux exige des documents, les factures s’accumulent et les anciennes dettes ressurgissent et il faut gérer les relations avec le bailleur.

 Joaquim, a été accompagné pendant plus de 2 ans par Sarah Dumieux, de l’association « la Sauvegarde 35 » grâce au dispositif dédié, ADEL.

« J’avais été contactée par l’hôpital et l’entrée dans le logement était une urgence vitale. Joaquim vivait depuis 1 an et demi sous tente, sans RSA, sans papier d’identité, sans rien, juste son chien ! Et trouver un logement avec un chien qui n’a jamais été enfermé compliquait les choses... Il a fallu tout reprendre à zéro et tout le travail a été réalisé en collaboration avec l’AIVS. Toutes les démarches qui arrivaient en même temps et l’entrée dans le logement, cela faisait beaucoup trop pour lui. Je lui ai donc laissé le temps de décompresser pendant un mois, le temps de se poser chez lui et éviter la sur-sollicitation. Il a peu à peu pris connaissance de son nouveau quartier, nous nous sommes penchés sur les dettes qu’il avait contractées tout au long de sa vie, il a ouvert un compte courant, nous avons travaillé sur la maitrise de son budget, sans oublier bien sûr, la problématique de sa santé », précise Sarah.

Désormais totalement sevré de l’alcool, Joaquim a franchi une dernière étape dans son parcours de réinsertion, il a accepté de faire une demande d’allocation handicapé et de reclassement professionnel. Il a également appris à gérer les relations de voisinage dans l’immeuble bourgeois où il vit. Des étapes qui paraissaient infranchissables au début de l’accompagnement et qui ont pu être franchies grâce à la disponibilité maximale de Sarah, aux visites à domicile très régulières. Sans cela, pas de relation de confiance et pas de travail de qualité.

« Toutes les personnes à la rue doivent vraiment être accompagnées dans le logement, sinon ce n’est pas possible pour elles. Il faut une présence de proximité et une évaluation très régulières. Il ne s’agit pas de faire de l’assistanat mais vraiment de les accompagner vers l’autonomie. » Sans la mesure ADEL qui lui en donne les moyens, Sarah n’aurait pu être aussi disponible : « Tout cela ne serait pas arrivé… il est dommage que l’accompagnement et la dimension humaine ne soit pas valorisé par les financeurs », ajoute-t-elle.

« Sans l’accompagnement de qualité que j’ai eu, tout aurait été beaucoup trop lourd pour moi. La bureaucratie vous épuise quand vous êtes malade et sans vigueur. De plus maintenant, beaucoup de choses se font par internet. Il n’y a plus personnes pour vous répondre… »

Aujourd’hui, une demande de logement social est en cours dans le quartier et Joaquim va bientôt être accompagné par une autre association, Alfadi, qui va prendre le relais de Sarah.

Pour Joaquim, une chose est sûre, « Si je n’avais pas arrêté l’alcool et n’avais pas obtenu ce logement en urgence, je ne serais pas là aujourd’hui. »