Un travail-un toit, c’est fini !

24 % des personnes sans logement occupent un emploi.

07/08/2014

Aujourd’hui, comme le prouve une étude de l’Insee, 24 % des sans-logis occupent un emploi. Mais, depuis quelques années il ne suffit plus de travailler pour avoir un toit. Une situation qui s’aggrave avec la crise et la pénurie d’hébergements sociaux.

Chaque matin à huit heures, Bernard, la petite quarantaine, débarque à vélo à l’accueil de jour de la Boutique Solidarité de Metz. Après avoir pris une douche, il enfile ses vêtements propres puis avale très rapidement un petit-déjeuner. En selle pour ne pas arriver en retard à son poste.

 

Bernard, « brigadier scolaire »

Bernard est employé par la mairie pour aider les élèves à traverser la rue devant leur école. À midi, il ne déjeune pas faute de moyens. Et le soir, il dîne tantôt au Resto du cœur, tantôt au Secours Catholique, tantôt grâce à la Fondation ou a Emmaüs. Son activité, complétée par le RSA, lui assure l’essentiel, mais pas un toit. Un contrat précaire, personne pour se porter caution, aucun ami, aucune famille pour l’accueillir… alors Bernard dort dans sa vieille voiture dont il ne peut plus payer l’assurance. 

L’hiver, un amoncellement de couvertures et quelques litres d’essence lui permettent de se chauffer. Sa journée terminée, il tourne en rond, s’ennuie et avoue « que quelquefois au lieu de dîner, il sombre dans l’alcool pour oublier, s’assommer, ne plus penser. »

Sa seule activité, en dehors de son job : entretenir son linge, car il tient à être toujours impeccable.

 L’étude de l’Insee montre bien que le taux d'emploi varie fortement en fonction du type d’hébergement. Ainsi, 31 % des sans-domicile qui travaillent disposent d’un logement par le biais d’une association, 25 % dorment dans un centre où ils peuvent aussi rester pendant la journée.

Mais ce pourcentage tombe à 13 % pour les personnes vivant dans la rue, comme Bernard, où trouvant refuge le soir seulement dans un centre d’hébergement. Il faut un sacré courage, une vraie fierté et l’envie de s’en sortir chevillée au corps pour après des nuits inconfortables assurer son poste et donner le change à son entourage.

Comme l’explique Bernard : « la société porte un regard négatif sur les sans-domicile-fixe. Si les autres savaient le nombre de démarches que j’ai entreprises, en vain, pour me loger et le nombre de fois où j’ai, sans résultat, composé le 115. Et la honte que je ressens de vivre comme ça à mon âge...»